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L’encre des nouveaux rêves journalistiques


Rédigé le Jeudi 2 Février 2017 à 00:00 | Lu 11 fois | 0 commentaire(s)


C’est une conférence de presse comme on en fait souvent dans le petit monde de la presse business. L’intervenant – un salon professionnel, le Salon des Entrepreneurs – a choisi le siège social de son partenaire le plus emblématique - Facebook France - pour convier à son petit déjeuner de présentation et dévoiler sa dernière étude sectorielle.


L’encre des nouveaux rêves journalistiques
C’est une conférence de presse comme on en fait souvent dans le petit monde de la presse business. L’intervenant – un salon professionnel – a choisi le siège social de son partenaire le plus emblématique pour convier à son petit déjeuner de présentation et dévoiler sa dernière étude sectorielle.
 
Rien de nouveau ? Ou plutôt si : tout, en fait. Car le partenaire privilégié choisi par le Salon des Entrepreneurs qui signe en ce moment sa 24e édition, n’est autre que Facebook France.
Bienvenue donc dans l’antre de celui qui se définit par la voix de son directeur général Europe – Laurent Solly -  comme « le partenaire essentiel de la transformation digitale des entreprises ».
Et il a raison…Car si les « TPE et les PME sont devenues un axe de développement stratégique » pour le géant bleu, que serait  aujourd’huice million de mêmes micro-entreprises sans leur page, leur communauté et la possibilité de créer par elle-même leur univers informatif. 
Car c’est bien de cela dont il s’agit désormais : de la possibilité offerte à chacun de créer sa propre communauté, son propre univers informatif  autour de ce terme générique et un tantinet galvaudé de « Brand Content ».
Les réseaux sociaux ont changé la donne et le plus commun des mortels au fin fond de la plus petite des communes peut désormais générer lui-même ses informations.
 
Une chance incroyable pour les journalistes façonnés à l’ancienne pétris par le sens de la hiérarchie de l’information et conscients de ces nouveaux enjeux devenus cruciaux.  
 
Sauf que…En s’asseyant dans cette salle, au milieu des journalistes business, impossible de ne pas sentir le décalage.
Alors que face à nous, les pourcentages s’égrainent sur les ambitions professionnelles des 18/29 ans (sondage OpinionWay). Alors que l’on apprend qu’un jeune sur quatre ne rêve plus de CDI. Alors que 85 % d’entre eux jugent important que les entreprises s’adaptent aux nouveaux modes de travail (co-working, flex office, télétravail, nouveaux modes de management, etc)…Ma voisine de gauche s’échine à visser sa cartouche d’encre dans son stylo à plume usagé.   
Le choc des cultures est manifeste. Et son regard se plante dans l’écran de mon portable alors saisi pour envoyer un tweet. L’étonnement ne s’arrêtera qu’à l’arrivée de ma nouvelle voisine de droite. Débarquant avec 20 bonnes minutes de retard, elle s’épluche bruyamment de ses frusques hivernales, avant de saisir un cahier à grands carreaux de la dimension de 2 Ipads…
A mon deuxième tweet, elles échangeront un regard de connivence au dessus de mes mains.
 
Voilà, nous sommes assises dans le cœur du réacteur de l’information. Celui dont l’algorithme est accusé d’avoir placé un certain Donald à la tête de la terre natale de Mickey, et mes voisines barbouillent d’encre des cahiers à vocation biblique. L’image des pigeons voyageurs partant avec leurs dépêches depuis les fenêtres de l’agence Havas me traverse un instant l’esprit.
 
Mais l’une des solutions est là devant nous. Pour que la profession limite sa dissolution dans l’encre qui l’a vu naître, certains ont décidé de franchir le cap de la diversification. Conscients (ou pas d’ailleurs) que les citoyens/lecteurs étaient désormais les nouveaux vecteurs d’une information toujours plus personnalisée, ils ont décidé de franchir un nouveau cap. Le groupe les Echos partenaire ouvrier de ce Salon des Entrepreneurs, s’est depuis longtemps rapproché de sa source première d’information.
En se mêlant à l’événementiel, il a fédéré sa propre communauté, bien réelle.
Bien entendu, le parrainage d’événements par les médias n’est pas un fait nouveau, loin s’en faut. Mais dans ce cas,  le groupe Les Echos se positionne ainsi en véritable réceptacle des évolutions et autres atermoiements des sujets qu’il étudie dans ses pages. En acceptant d’être à la fois acteur, observateur et véhicule de l’information via des structures internes bien incarnées, il s’est créé une vigie vertueuse permettant de nouer des liens privilégiés avec les différents intervenants de ses conférences.
Car aujourd’hui, au même titre que n’importe quel autre acteur de l’économie, un média ne se contente plus de se lire, il doit se vivre. Connaître son ADN, sa « ligne éditoriale » et la décliner de manière rigoureuse sur chacun de ses supports : papiers, sites web, newsletter, réseaux sociaux et événements IRL. Manquer un des coches de ces déclinaisons, en confiant ses posts Facebook à des robots ou ses événements à des agences, par exemple, c’est prendre le risque de décevoir un lectorat si volatile. C’est s’éloigner des réactions de sa cible. Et, prendre le risque de laisser d’autres interagir avec eux et répondre à leurs attentes.
La marque média n’est plus rattachée à un seul et unique support. Elle se diffuse, se distille et se décline. Sa vocation ? Telle l’encre de nos journaux d’antan, imprégner les doigts et coller à la peau de ses lecteurs. Et s’ancrer à travers de nouveaux rêves journalistiques. 

Anne-Laure Allain
 



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